Femmes dans la nuit

Création 2021

monodrame pour voix de femme
harpe, guitare, mandolines (aussi balalaïka et domra)
dispositif électronique avec multi-diffusion
d’après une idée d’Élisabeth Kaess

musique / Gualtiero Dazzi
livret et dramaturgie / Élisabeth Kaess
d’après La guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch
et des poèmes de Madeleine Riffaud, Arlette Humbert-Laroche, Edith Thomas, Nelly Sachs, Hannah Szenes, Anna Akhmatova…

scénographie / Marie-Anne Bacquet
lumières / Raphaël Siefert
avec : Mareike Schellenberger / mezzo soprano
et le TrioPolycordes
Florentino Calvo / mandolines, balalaïka, domra
Sandrine Chatron / harpe
Jean-Marc Zvellenreuther/  guitare

Femmes dans la nuit fait entendre les voix de ces femmes qui racontent « leur guerre » – et que l’historiographie a souvent oubliées. Aux témoignages de femmes russes engagées lors de la Deuxième Guerre mondiale, répondent les voix poétiques d’Arlette Humbert-Laroche (1915-1945), d’Edith Thomas (1909-1970), de Madeleine Riffaud (née en 1924), de Nelly Sachs (1891-1970), d’Anna Akhmatova (1889-1966) ou encore d’Hannah Szenes (1921-1944).
Leur parole n’est jamais grandiloquente. Et c’est l’intensité de cette retenue qui répond encore plus directement, par ces cris silencieux, à la brutalité des balles et des bombes et qui influence profondément la composition textuelle et musicale de notre ouvrage.
La voix de mezzo-soprano incarne à la fois les témoignages recueillis par Svetlana Alexievich et, dans les différentes langues d’origine, l’émotion intérieure des poèmes qui, par leur force, traduisent une couleur à chaque fois singulière, liée à la prosodie et à la musique propres à chaque langue : une multiplicité de présences incarnées sur scène par tous les personnages. Chacune des voix est multiple : un carrefour où se croise l’infinité des voix silencieuses torpillées par les guerres et dont on ignore quand elles se finiront.
La composition musicale du spectacle est fondée sur un principe d’alternance de récitatifs et d’arias, se référant à la tradition de l’opéra. La présence de trois instruments à cordes pincées est, dans ce sens, très éloquente si l’on se réfère au continuo baroque des origines du récitar cantando. Les textures générées par les transitoires rapides des cordes pincées et le travail sur la résonance propre à ces instruments offrent une palette sonore inépuisable. La virtuosité des musiciens permet de voyager entre des moments très rapides et rythmiques et des moments beaucoup plus suspendus. Les élans de densité sonore fragmentée étant comme des fusées venant briser le calme apparent d’avant la tempête.
D’une durée d’environ 70 minutes, Femmes dans la nuit est un monodrame faisant appel à un système de multi- diffusion. La spatialisation des textures vocales et instrumentales transformées ajoute une dimension dramaturgique à l’ensemble : le dépaysement de l’écoute. Ainsi les textures sonores et la parole dite sont perçues de façon inouïe, provoquant, par cette distanciation, une inquiétante étrangeté.

Élisabeth Kaess & Gualtiero Dazzi