Judith – une femme dans la nuit

Création 2021

monodrame pour voix de femme
harpe, guitare, mandolines

musique / Gualtiero Dazzi
livret et dramaturgie / Élisabeth Kaess

avec : Mareike Schellenberger / mezzo-soprano
et le TrioPolycordes
Florentino Calvo / mandolines
Sandrine Chatron / harpe
Jean-Marc Zvellenreuther/  guitare

Notre action scénique se situe juste après le moment où Judith vient de commettre l’irréparable en décapitant Holopherne et avant que la tête de ce dernier ne soit présentée à son peuple, faisant de Judith la figure mythique que l’on connaît par les nombreuses réécritures du récit biblique.

La composition de l’ensemble du spectacle est fécondée par l’emprunt de quelques fragments issus des deux oratorios d’Alessandro Scarlatti, composés en 1693 et 1697, et, en épilogue, d’un aria de la Juditha Triumphans d’Antonio Vivaldi de 1716.

Aux extraits baroques s’ajoutent également des références aux musiques liturgiques de Juifs d’Ethiopie, les Beta Israël.

Ces différents fragments sont profondément intégrés à la texture musicale et dramaturgique de l’ensemble et ont été choisis pour qu’aucune rupture ne vienne à se produire entre l’écriture contemporaine, l’écriture ancienne ou la musique traditionnelle.

Les textures générées par les transitoires rapides des cordes pincées et le travail sur la résonance propre à ces instruments offrent une palette sonore inépuisable. La virtuosité des musiciens du TrioPolycordes me permet de voyager entre des moments très rapides et rythmiques et des moments beaucoup plus suspendus. Les élans de densité sonore fragmentée viennent briser le calme, apparent, qui suit la tempête de la décollation d’Holopherne et précède l’exposition de la tête, donnée en triomphe au peuple qui réclamait la mort du vainqueur, afin de sortir d’une situation d’oppression. Le contraste accompagne le doute créé par l’irréparable. On retrouve cette ambivalence dans le traitement de la voix qui glisse du parlé intérieur, au parlé chanté, au chant lyrique.

Judith – une femme dans la nuit représente, dans la collaboration avec Elisabeth Kaess, une nouvelle étape autour d’une thématique qui nous est chère : comment répondre à la barbarie avec les armes qui sont les nôtres, celles de la poésie et de la musique. La parole de notre Judith, combattante, résistante, rebelle, mais vivant tragiquement le combat qu’elle doit mener, n’est jamais grandiloquente.

Dans notre monodrame, l’entrecroisement et le dialogue des musiques baroques, traditionnelles et contemporaines, ajoute une autre dimension dramaturgique à l’ensemble : le dépaysement de l’écoute face à l’impossibilité de situer dans le temps historique le chant et la musique proposés par cet ouvrage. Ainsi les textures sonores et la parole dite sont perçues de façon inouïe, afin de créer, par cette distanciation, une inquiétante étrangeté.

Gualtiero Dazzi